CONCLUSION

Publié le par gicquiaud

CONCLUSION

 

Il a été une époque où on classait des enfants retardés en éducables, semi éducables, inéducables. Les handicaps sont trop multiples, enchevêtrés, disparates, pour que nous puissions accepter une pareille ségrégation. J'ai personnellement toujours lutté contre ceux qui assimilaient trop vite utilité de la rééducation et quotient intellectuel.

Chacun est différent, un cas particulier: faisons le bilan des troubles, dégageons les possibilités, et essayons de les utiliser au maximum, éventuellement par des acquis.

Nous devons donc prendre en compte d'abord un enfant ou un adolescent dans sa globalité, essayer de décoder ce qui se passe avant de construire, et d'aborder notre objectif qui est de faire utiliser les outils moteur et intellectuel. Si parfois on est étonné de ce qu'ils peuvent faire, malgré les apparences, souvent on peine à imaginer la nécessité de débuter si bas. Il ne faut pas se fixer des objectifs trop élevés, source de catastrophes par la réaction d'échec, mais chercher la réussite qui donne confiance, encourage. L'important est qu'ils puissent réaliser seuls. Nous ne devons pas nous bloquer sur des déficiences, quelle qu'en soit la cause, mais nous adapter à leur personnalité, leur vécu, leurs limites, leurs ignorances. Cet ajustement des exigences oblige à tenir compte de tous les facteurs y compris les nôtres propres: écouter, simplifier au maximum, ne pas apprécier en bon ou en mauvais, et savoir proposer juste, savoir gratifier.

On ne rééduque pas un enfant, un adolescent malgré lui, il faut donner envie. La rééducation ne doit pas seulement être consentie mais désirée. Si sur tous les plans et en tous les domaines je suis très attaché au libre choix, nous sommes là devant une nécessité. Il vaut mieux composer et arriver à quelque chose que d'exiger, d'imposer et n'arriver à rien. Un Infirme Moteur d'Origine Cérébrale très dépendant peut ne pas savoir ce que c'est que choisir, à nous de savoir éveiller certains goûts, certains centres d'intérêt. Ce qui les intéresse n'est pas forcément ce qui nous intéresse nous. Il y a aussi des oppositions. Il faut savoir amener au plaisir d'aller en rééducation, créer un besoin. La coopération sera alors naturelle, et à partir du spontané on élargira. Un individu n'est pas toujours disposé à faire ce qui avait été prévu. D'autres ne peuvent fixer leur attention très longtemps: on doit pouvoir proposer des exercices variés et courts dans la même séance

Confrontés à des enfants ou adolescents lourdement atteints, mais tous différents les uns des autres, le rééducateur ne doit pas se croire obligé de recourir forcément à des techniques apprises. On ne peut pas décalquer des méthodes standard. On doit se fixer divers cheminements pour progresser, dans la détermination mais aussi dans la souplesse, parfois savoir composer, souvent savoir attendre, ne pas se lasser de répéter.

En fait, il n'y a pas de recette miracle à proposer. Faisons ce que nous pouvons pour l'enfant, l'adolescent, et à son service.

Si nos pensionnaires ont droit à la parole, si nous voulons avoir leur avis, si nous savons en cas de nécessité négocier leur participation active, nous dégagerons ensemble des buts précis, des objectifs librement consentis.

Alors, la séance de rééducation est attendue, réclamée avec protestations si pour des raisons extérieures elle doit être interrompue.

 

Chaque activité doit être programmée. Ce "planning" diffusé à tout le monde est une référence, un repère dans le temps et l'espace. La plupart viendront d'eux-mêmes à l'heure convenue.

Toutes les rééducations doivent ainsi être prévues impérativement en dehors du temps scolaire, en prenant en compte le temps de déplacement, les distances, groupant les rééducations par proximité de lieu.

En psychorééducation, tous les aspects psychoaffectifs que nous avons décrits sont prépondérants. Le Psychorééducateur collabore à un groupe d'expression, organisé par la psychologue ou le psychiatre, où on permet à l'enfant d'évoluer, d'élaborer un jeu ou d'y participer. Des cas sont aussi suivis par la psychologue et le psychiatre en entretiens individuels à visée psychothérapique.

En orthophonie, pour les plus grands handicapés sans langage oral et écrit, sans possibilité gestuelle, des programmes de désignation sur ordinateur, avec commandes adaptées au handicap moteur( nuque, pied etc...), protection permettant de ne retenir que la première impulsion pour éliminer les mouvements parasites, ont été mis au point. Pour tous, la plupart du temps, les échanges se font par rapport au vécu propre de l'enfant, mais pour ceux qui n'ont pas accès à la symbolisation et ne peuvent utiliser les codes existants, des pictogrammes directement évocateurs, exigeant peu d'apprentissage, figuratifs, ont été mis au point avec les enfants à partir de leur vision des choses. Ils permettent des associations, des messages. La plupart du temps, le matériel, les tests de langage ont dû être adaptés.

En ergothérapie, on essaie d'inciter l'enfant à faire lui-même. Quelquefois il se réfugie dans les activités qu'il connaît plus sécurisantes. Il faut trouver quelque chose qui accroche. L'essentiel c'est de faire avec lui, même pendant un temps très court. La motivation est facilitée par le choix de jeux, de matières, de couleurs. L'essentiel est de ne pas agir à sa place, d'adapter, de trouver des solutions pour se rapprocher le plus possible des exigences quotidiennes. La présence à certains repas, à certains levers, facilite le passage dans la pratique.

En kinésithérapie, on insiste tout particulièrement sur le fonctionnel, partant de la motivation et de l'obstacle. Les enfants, très tôt, dès qu'ils le peuvent, doivent effectuer seuls un ou plusieurs trajets, surtout si les distances sont assez grandes entre les différents lieux fréquentés. Aller quelque part apporte du concret et du directement rentable. L'indépendance en fauteuil roulant est grandement facilitée par la légèreté des fauteuils sport. A côté de ces rééducations individuelles, nous utilisons tout un éventail d'activités sportives motivantes: courses, distances, slaloms en fauteuil roulant, haltérophilie, tir à l'arc, à la carabine, lancers, natation, équitation, escrime, Ping Pong, hockey, danse debout et en fauteuil. Ces exercices apportent en plus du renforcement musculaire, un meilleur contrôle, même aux stress, coordination, vitesse, équilibration, maîtrise du corps, situation dans l'environnement, rythme, endurance et résistance, précision. Mais ils nous donnent aussi une mise en contact avec des règles, des impératifs, la lutte et la comparaison avec soi-même, avec les autres. Là aussi on prend en compte les personnalités, les caractères, en modulant la constitution des groupes.

Nous devons avant tout réfléchir à notre mission.

Ce sont des enfants plurihandicapés, ceux qu'autrefois on abandonnait, auxquels on refusait la rééducation. Nous ne serons pas plus malins que nos anciens, nous ne guérirons pas. Simplement, au lieu de prendre comme référence le sujet normal, contentons-nous de les comparer à eux-mêmes. Alors que nous avons une obligation de moyens, pas de résultats, notre service est d'apporter une aide pour une meilleure indépendance physique, une plus grande autonomie psychologique. C'est une personne que nous rééduquons, un individu qui a le droit de parler, de se plaindre, de choisir. Toujours quand nous proposons, nous devons nous demander à quoi ça sert, penser que beaucoup vivront plus tard en milieu protégé, en Foyer, en vie collective. Eduquer c'est suivre par devant. Apprenons nous-mêmes et apprenons aux autres à connaître et à se reconnaître, à ACCEPTER. Après avoir bien assimilé ce que l'on est, ce que les autres sont, essayer de MAITRISER. Puis, tenant compte de ses propres limites, des impératifs de l'environnement, s'ADAPTER.

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