LES TROUBLES

Publié le par gicquiaud

LES « TROUBLES »

 

Au premier regard : L'Infirme Moteur d'Origine Cérébrale frappe d'abord par ses attitudes : debout, il se tient le plus souvent avec une extension du pied, une flexion du genou et de la hanche en adduction et rotation interne. Cette attitude est due à des raideurs de certains muscles, se compliquant souvent de défauts d'allongement qui les fait trop courts par rapport à un os continuant à grandir. D'autres ont des mouvements anormaux se traduisant, soit par des gestes mal organisés avec déplacement anarchique, soit par des secousses, des tremblements, un manque de précision.

Si on leur parle, au premier contact, la compréhension est gênée par des troubles de la parole résultat de ces mêmes mouvements anormaux sur les muscles de la phonation. Cette parole est embrouillée, explose, la plupart des mots sont déformés et difficiles à saisir, ou très lente, monocorde. Le visage est quelquefois rendu grimaçant ou atteint de paralysie, s'y ajoutent des anomalies dans la direction du regard. Beaucoup de ces manifestations sont exagérées par les émotions, l'angoisse, les situations inhabituelles, l'effort intellectuel.

A la longue, on s'aperçoit parfois d'une lenteur de l'exécution, de la compréhension, de problèmes très importants d'orientation sur soi-même, dans l'espace, de conception, et d'utilisation du geste dans les activités précises.

Les Troubles Moteurs

Il est très difficile de faire un exposé d'une pathologie aussi complexe. L'Infirmité Motrice d'Origine Cérébrale n'est pas une maladie : C'est un ensemble.

En fait, le paralysé cérébral est avant tout un ENFANT, un adolescent, un adulte. Pour l'aider, il faut le comprendre. Ces données étant multiples, il faut les étudier une par une. Les diagnostics neurologiques classiques ne suffisent pas à exposer par écrit et à évoquer chaque cas, que l'on parle de spasticité, athétose, ataxie, rigidité, tremblement, hypotonie) ; ou de paraplégie, tétraplégie, hémiplégie, schème de Little, etc.

Aucune forme n'est pure, beaucoup sont à la fois athétosiques et cérébelleux) ou spastiques 

Nous avons eu un enfant qui présentait une arthrogrypose aux membres inférieurs et des mouvements incontrôlés aux membres supérieurs.

Le Professeur Grossiord a signalé un cas d'athétose dont l'importance des mouvements cervicaux s'étaient secondairement compliqués d'une tétraplégie  d'origine médullaire.

Dans l'ignorance des vraies lésions anatomopathologiques, souvent microscopiques et disséminées, et devant cette incertitude et l'imprécision de ces    terminologies   neurologiques   classiques,  il paraît plus facile de partir du concret, du symptôme réel tel que nous le voyons et pouvons le décrire.

Les problèmes étant multiples, il faut les étudier un par un, faire une analyse des troubles, ce que le Professeur Tardieu a appelé "l'analyse factorielle".

Il y a deux grandes catégories : les raideurs et les mouvements anormaux.

L’attitude apparente est due à des raideurs de certains muscles ; suivant le type de résistance opposée à la mobilisation passive rapide ou lente on parlera de spasticités, rétractions, rigidités, raidissements, hyperexcitabilités alpha. Elles sont compliquées par défaut d'allongement du muscle, il est trop court par rapport à l'os qui continue à grandir.

Ses contorsions  sont dues à des mouvements anormaux Ce sont des contractions excessives ou des mouvements, des gestes mal organisés avec déplacement anarchique, soit des secousses, des tremblements, un manque de précision :  Parasitage, dystonie, dyskinésie, cocontraction, manque de sélectivité, anarchie de la distribution, de l'organisation, dysmétrie, hypermétrie, tremblement, dyschronométrie, syncinésies d'imitation ou globales. Ils peuvent être constatés au repos quand le sujet n'est confronté qu'avec lui-même. D'autres surviennent ou sont exagérés, quand le sujet est face à un élément extérieur, un bruit par exemple, un effort intellectuel,  par les émotions, l'angoisse. Les situations inhabituelles peuvent ainsi provoquer des crispations anormales. L’apparition de raideurs  peut ne se produire qu'à l'effort, seulement en station debout.

Pour les membres supérieurs différents examens de précision et de direction du geste, étude des mouvements élémentaire de la préhension, etc. sont utilisés.

L'infirme moteur cérébral présente également des faiblesses musculaires, certaines sont  assez  semblables   à  celles  rencontrées  dans  les  paralysies  périphériques  avec  atrophies musculaires. Mais il y en a également qui se manifestent seulement au maintien postural avec possibilités normales sur le plan cinétique (du mouvement  volontaire)   :   Ainsi  certains  sujets redressent très bien leur tête mais ne peuvent la tenir droite, elle retombe. Il y a également des insuffisances cinétiques. Beaucoup de ces faiblesses sont dues à des perturbations de la commande.

En dehors de la classification que nous avons adoptée, se basant sur l'apparence, distinguant les raideurs et les mouvements anormaux, avec Grenier, on décrira des troubles d'organisation, et des troubles de l'outil atteignant plus spécialement et d'une façon plus périphérique un membre, telles que rétractions, spasticité, etc.

Ces différents facteurs se traduisent par des attitudes en extension ou opisthotonos, en position fœtale, en allure de réflexe tonique asymétrique du cou, en chandelier ou en W, en batracien, en schème de Little (membres inférieurs raidis en flexion, rotation interne des hanches, les deux cuisses étant maintenues serrées l'une contre l'autre avec des genoux pliés et le pied étendu) ou en schème hémiplégique.

Mais on ne terminera pas cette énumération sans envisager les incapacités. Celles-ci sont examinées   sous   forme   de  niveaux   d'évolution motrice, positions dérivées directement de la méthode Bobath, et qui sont reprises sur le plan de la rééducation en global.

Les possibilités de l'enfant dans ses réalisations de la vie quotidienne seront rapportées et notées en âge fonctionnel.

Il ne faut pas négliger d'autres carences dues à la lenteur, à la fatigabilité.

 

Difficultés Associées

Les convulsions de nature épileptique sont généralement jugulées par des médicaments qui quelquefois diminuent la vigilance. Il persiste incidemment des interruptions brèves de la conscience, absences pouvant passer inaperçues la nuit par exemple. Toutefois des accidents sont possibles : crises brèves ou même états de mal. Assez souvent l’Électroencéphalogramme est pathologique sans notion de crise connue.

En dehors de l'aspect proprement moteur, on retrouve, au niveau intellectuel, des limites du raisonnement et de l'efficience sur le plan scolaire.

A la longue, on s'aperçoit parfois d'une lenteur, de l'exécution, de la compréhension, de problèmes très importants d'orientation sur soi-même, dans l'espace, de conception, et d'utilisation du geste dans les activités précises.

 La sensation nous évoque un objet, une chose extérieure. Cette perception est analysée et reconnue comme une identité, une forme longue est un crayon par exemple. Cette identification peut être perturbée, aux niveaux : sensoriel, tactile, auditif, de spatialisation, de structuration, du schéma corporel. On les appelle des troubles gnosiques

L'homme est un cadre clos, fermé, pourvu de circuits intérieurs. La prise de conscience de sa mécanique interne peut être déficiente, les notions de ses positions, de son haut, de son bas, de sa droite, de sa gauche, du devant, du derrière, insuffisantes. Il communique avec l'extérieur par des sensations, mais il doit assimiler ces perceptions,  différencier pour les identifier les sons, les images, les contacts, les goûts et les odeurs. L'environnement doit être saisi dans son espace, dans ses distances, dans sa distribution. Les individus et les choses différenciées. Les successions  doivent  être reconnues dans le temps, leur durée, leur rythme. Des enfants et adolescents ont des manques en ce domaine, des troubles de spatialisation, de structuration. Ce sont là des   "troubles gnosiques".

S’y ajoutent des troubles praxiques. : Il faut agir sur l'extérieur par une utilisation du mouvement, du geste, pour une construction : Il y a le mouvement, puis le geste utilisé. Par la maturation ou l'éducation ces gestes deviennent des pratiques : s'habiller, conduire. Quand d'énormes difficultés ou des impossibilités se situent au niveau de ces acquisitions, ce sont là des troubles praxiques.

Des difficultés d'expression, sont  la conséquence de ces désordres moteurs, gnosiques, praxiques, retard intellectuel.

L'infirme moteur cérébral souffre aussi de problèmes de contact. L'appréhension du monde alentour est perturbée souvent sur le plan sensoriel surtout au niveau de la vue et de l'audition. La lésion nerveuse a pu occasionner une surdité plus ou moins profonde, une diminution de la vision, un rétrécissement de son champ, des mouvements des yeux en malposition, un mauvais suivi du regard dans l'action. Ils sont souvent passés inaperçus chez ces enfants,  nés comme ça ils ont développés des compensations partielles. Le déficit noyé dans un ensemble grave, porte à l'assimilation avec un retard intellectuel qui parfois d'ailleurs coexiste.

Mais en dehors de ces incapacités dues aux problèmes moteurs, on en retrouve dues au niveau intellectuel, aux possibilités de raisonnement, à l'efficience sur le plan scolaire. L'intelligence n'est pas l'aptitude à apprendre, mais l'aptitude à comprendre. Il n'y a pas d'intelligence standard, mais des limitations des barrières qui freinent l'efficience. L'apprentissage réduit au niveau de la réflexion, de la déduction, bute sur des lenteurs d'élaboration de la pensée, des troubles d'évocation du mot, des inaptitudes à décoder un message et à l'organiser, pour la syntaxe, pour la forme, des impossibilités à la généralisation.

La mémoire est fugitive, il y a un manque d'attention et de concentration, une fatigabilité des intérêts, une curiosité diminuée, un manque d'initiative, de sûreté, de confiance en soi, de persévérance.

Une bonne compréhension est insuffisante s'il y a blocage, faiblesse ou désordre de la personnalité, si les craintes, la dépendance, détruisent l'harmonie d'un bon équilibre.

On comprend voit mieux maintenant pourquoi trop souvent ces enfants et adolescents ont tant de lacunes de connaissances générales, pauvreté et retard de langage, entrave à l'appropriation du discours des autres, des consignes, des notions élémentaires. Pourquoi les acquisitions sont fragiles et doivent être sans cesse confortées, entretenues.

S'il y a infirmité c'est parce qu'il y a lésion, atteinte   cérébrale   grave.   On   est   sûr  que   la topographie de certaines destructions provoque des troubles de l'humeur et de la personnalité. L'affectivité est souvent gravement perturbée.

Il y a toujours une immaturité, une fragilité, une hyper réceptivité à l'angoisse environnante, des inquiétudes une recherche constante d'attentions d'affection, des   appréhensions.   Pour   certains    une   grande instabilité, pour d'autres une passivité, presque toujours une grande souffrance morale.

On ne saurait parler de troubles de l'I.M.O.C. sans faire part des inquiétudes : Celles qu'ils ressentent, celles qu'ils partagent et qui dépendent de leur famille, celles en rapport avec l'attitude de la société, vraie ou supposée. On pense souvent que certains comportements sont réactionnels à leur handicap. A mon avis, ils sont avant tout dus à la façon dont ils sont  ressentis dans leur entourage : c'est souvent par le regard des autres qu'ils prennent conscience de leur différence. Elles peuvent induire agressivité, démission, instabilité. Les questions sur l'avenir ne sont pas sans jouer un rôle capital dans ces manifestations. J'ai pu constater autrefois quand ils atteignaient quatorze ans, une diminution nette de ces troubles au moment où nous avons pu leur offrir l'ouverture d'un Institut Médico Professionnel.

Il n'y a pas addition des difficultés associées, mais intrication, parfois fusion, aussi multiplication dans les conséquences. Les plus importantes ne sont pas celles qui se voient mais les autres.

Le "paralysé cérébral" (Cerebral Palsy, définition   Anglo- Saxonne)   est   avant   tout  un ENFANT, un adolescent, un adulte. Pour l'aider, il faut le comprendre.

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