REEDUCATION

Publié le par gicquiaud

LE TRAITEMENT :  RÉÉDUCATIONS

 

Bien qu'il s'agisse en réalité d'une éducation chez des sujets qui n'ont jamais su, l'usage a fait généraliser ce terme pour les activités de kinésithérapie, _d'ergothérapie d'orthophonie et de psychorééducation. __

Tout dans notre société pousse à la rentabilité, au résultat

Nous, nous sommes confrontés à des enfants, _des adolescents lourdement atteints dont les handicaps associés s'imbriquent. Nous devons adapter nos ambitions, modérer nos impatiences pour nous conserver sereins et toujours disponibles.

Notre méthode est basée sur la proposition, l'incitation, la stimulation, la motivation et l'obstacle. _Mais nous devons savoir mesurer nos apports. _

Notre acharnement est modulé évitant de tomber dans les excès d'exigences perpétuellement renouvelées_ sans tenir compte du degré de tolérance de l'enfant, mais dépassant aussi les découragements ou les constats pessimistes qui pousseraient à attendre une éclosion spontanée et hypothétique

L'éducation c'est de suivre par devant. Après un bilan complet, nous dégageons les possibilités, donnons les occasions de les utiliser en suscitant des intérêts. Un peu en deçà au début, un peu au delà ensuite, nous revenons en deçà en fin de séance, louvoyant dans le calme en amont de la réaction d'échec portés par l'élan de réussites gratifiantes.

On ne rééduque pas un enfant malgré lui, il faut savoir lui donner envie, les séances de rééducation doivent être désirées, attendues, comme un moment de pleine possession et de découverte de soi-même.

L'objectif de notre rééducation n'est pas de faire de l'I.M.O.C un sujet normal mais de partir de son handicap tel qu'il est et d'y apporter une amélioration. _

Toute tentative démesurée risquera d'amener une réaction de découragement suivie d'agressivité ou de démission. Le traitement s'adresse à un individu dans son ensemble, et pas seulement aux jambes et aux bras. A quoi nous servirait un progrès bien aléatoire dû à un acharnement thérapeutique coercitif, s'il se paye _à la longue par des problèmes affectifs qui grèveront, lourdement l'adaptation du sujet à lui-même et aux autres. _

La rééducation est globale, elle vise au contrôle et à la maîtrise du corps dans son évolution, la construction et l'élaboration des différentes étapes de la motricité, l'organisation du geste.

La rééducation est analytique, elle libère ou renforce les différents outils corporels dans leurs amplitudes, leur force, leur dissociation.

La rééducation est fonctionnelle pour amener à l'utilisation des possibilités dans les activités pratiques, la meilleure rentabilité et la bonne efficience dans l'action.

Notre but est d'amener nos enfants et nos adolescents_ à une meilleure indépendance physique, à une plus grande autonomie sociale. _Nous devons avant tout les assurer, leur permettre dans_ la mesure du possible d'accepter leur handicap et pour cela nous avons éveillé des curiosités languissantes. _Nous devons leur avoir donné des raisons d'être, des atouts, réussites qui les rendent fier d'eux-mêmes, par un orgueil satisfait leur permettant d'aborder dans la dignité les comparaisons.

Mais les handicaps étant là, nous les aideront à s'adapter à eux-mêmes par la mesure et la connaissance de leurs limites, aux autres, par le respect de leurs valeurs et des règles, seules rançons de l'intégration, mais aussi par le jugement et l'appréciation de la qualité relative de chaque individu.

Bien chez eux, sûrs de leur place, ils pourront relativiser les agressions et potentialiser les joies. Cette saine appréciation de la réalité sociale les amènera à la maîtrise, domination d'eux-mêmes dans leurs réactions affectives parasites, parfois domination des autres si c'est nécessaire et si ce pouvoir est à leur portée. Acceptation Adaptation, Maîtrise, qualités acquises par l'expérience des contacts qui donnent à l'individu son relief et son rayonnement font de lui, handicapé ou pas, un Homme. _

Ambroise Paré disait que le médecin guérit quelquefois, soulage souvent, console toujours.

On ne guérit pas l'I.M.O.C, les résultats obtenus sont fonction du handicap de départ, de la participation du sujet, de son niveau de compréhension. _

Il n'y a pas de recette, ni de méthode miracle, mais une progression calme et persévérante, c'est un escalier que l'on monte marche par marche.

Tout commence par la prise de conscience de l'inévitable, de la réalité. La rééducation de l'I.M.O.C ne s'accommode pas de l'impatience, de l'empressement et de la contrainte. _

On ne rééduque pas un enfant malgré lui et contre lui. Il ne suffit pas non plus d'attendre, il faut proposer, intéresser.

Nous ne sommes pas d'ambition modeste, nous sommes lucides, logiques, et cohérents. Si nous savons que nous avons, en médecine, une obligation de moyens plutôt que de résultats, notre mission est de mettre ces moyens à la disposition des plus déshérités que la société nous confie. C'est là notre service. _

Il n'y a pas de recette miracle en rééducation, chaque pensionnaire suivant son handicap justifie, après examen, après bilan, de l'adaptation de méthodes et de techniques individualisées et adaptées à son cas particulier.

Le Kinésithérapeute construit un exercice en fonction du résultat qu'il attend. L'ergothérapeute choisit une activité pour l'utilisation de certains gestes. L'orthophoniste se préoccupe du langage et de la communication. Le psychorééducateur s'attache aux rapports du corps avec lui-même et avec l'extérieur.

 

Ainsi en KINÉSITHÉRAPIE les interventions seront celles de :

- Méthodes analytiques utilisées surtout dans les paralysies périphériques ou médullaires, dans les faiblesses des infirmes moteurs d'origine cérébrale ainsi que dans les rétractions. _Elles consistent soit à des tonifications musculaires, soit à des postures, soit à l'utilisation d'appareillage ou de chaussures, etc.

- Méthodes globales utilisées surtout dans les affections_ d'origine centrale, elles visent, suivant une progression dérivée des niveaux d'évolution motrice connus, à faciliter l'évolution et la maturation par une meilleure organisation.

- Méthodes fonctionnelles qui s'appliquent, à partir des acquis, à parfaire les possibilités dans la vie pratique, dans la vie de relation, marche.

- le nursing indispensable dans les affections périphériques en particulier les paralysies médullaires, _chez les enfants porteurs d'un corset pour scoliose par exemple, porteurs d'appareils ou de chaussures orthopédiques, chez les enfants qui ne marchent pas ou qui passent une bonne partie de leur journée en fauteuil roulant: soins de peau, surveillance des positions, _bonne hygiène corporelle,

- respiratoire dans les cas d'insuffisance respiratoire, et dans les cas d'encombrement bronchique.

- Urinaire, chez les incontinents en particulier les Spina Bifida qui nécessitent une rééducation.

Ainsi en  kinésithérapie, à côté de l'analytique et du global, on insiste tout particulièrement sur le fonctionnel, partant de la motivation et de l'obstacle. Les enfants, très tôt, dès qu'ils le peuvent, doivent effectuer seuls un ou plusieurs trajets, surtout si les distances sont assez grandes entre les différents lieux fréquentés. Aller quelque part apporte du concret et du directement rentable. L'indépendance en fauteuil roulant est grandement facilitée par la légèreté des fauteuils sport. A côté de ces rééducations individuelles, on doit utiliser tout un éventail d'activités sportives motivantes: courses, distances, slaloms en fauteuil roulant, haltérophilie, tir à l'arc, à la carabine, lancers, natation, équitation, escrime, ping pong, hockey, danse debout et en fauteuil. Ces exercices apportent en plus du renforcement musculaire, un meilleur contrôle, même aux stress, coordination, vitesse, équilibration, maîtrise du corps, situation dans l'environnement, rythme, endurance et résistance, précision. Mais ils donnent aussi une mise en contact avec des règles, des impératifs, la lutte et la comparaison avec soi-même, avec les autres. Là aussi on prend en compte les personnalités, les caractères, en modulant la constitution des groupes.

 

En ERGOTHÉRAPIE, on essaie d'inciter l'enfant à faire lui-même. Quelquefois il se réfugie dans les activités qu'il connaît plus sécurisantes. Il faut trouver quelque chose qui accroche. L'essentiel c'est de faire avec lui, même pendant un temps très court. La motivation est facilitée par le choix de jeux, de matières, de couleurs. L'essentiel est de ne pas agir à sa place, d'adapter, de trouver des solutions pour se rapprocher au mieux des exigences quotidiennes. La présence à certains repas, à certains levers, facilite le passage dans la pratique. Là aussi suivant le type et le but de ces interventions elles peuvent être classées en global analytique ou fonctionnel.

Alors que le kinésithérapeute construit un exercice, l'ergothérapeute utilise des activités par lesquelles elle suscite une préhension, un mouvement, une attitude, choisis en fonction de l'âge de l'entant, de ses goûts, _de ses intérêts, ce qui apporte une motivation supplémentaire.

On peut rééduquer en ergothérapie aussi bien les membres inférieurs que les membres supérieurs, mais les ergothérapeutes s'occupent le plus souvent en rééducation des membres supérieurs.

- En analytique, en choisissant les activités permettant de rééduquer les mouvements précis, par exemple l'opposition pouce index.

- En global, où l'activité apporte une utilisation globale du membre supérieur dans une praxie précise.

- En fonctionnel, où les acquis précédents sont utilisés dans la vie pratique, habillage, déshabillage, repas pour les petits, travail, etc.

- Adaptations d'ustensiles, d'outils, de postes en classe, à l'atelier, appareillage des membres supérieurs.

- Surveillance des problèmes de vue, qui interviennent d'une façon très importante dans les activités des membres supérieurs. _

On note, comme on le verra pour bien d'autres secteurs, qu'il y a une apparente intrication entre l'ergothérapie et l'atelier. Toutefois, ce qui compte pour l'ergothérapeute c'est la main et le geste, l'activité utilisée n'étant qu'un support. A l'atelier c'est la réalisation_ et l'outil qui sont importants, la façon dont s'y prend l'enfant ou l'adolescent étant surtout recherchée pour une meilleure efficacité.

 

En PSYCHORÉÉDUCATION, tous les aspects psychoaffectifs qui ont été décrits sont prépondérants. Le Psychorééducateur collabore à un groupe d'expression, organisé par la psychologue ou le psychiatre, où on permet à l'enfant d'évoluer, d'élaborer un jeu ou d'y participer. Des cas sont aussi suivis par la psychologue et le psychiatre en entretiens individuels à visée psychothérapique.

On peut ainsi  distinguer:

Une dimension cognitive: la situation du corps par rapport à lui-même, la situation du corps par rapport à l'espace environnant, la situation de l'espace par rapport au corps, la conceptualisation de l'espace, la succession et le rythme, le temps.

Une dimension affective et émotionnelle: intériorisation et extériorisation des tensions et afférences psychologiques, comportement.

Une dimension de l'organisation motrice.

 

En ORTHOPHONlE_la rééducation est aussi:

- analytique, pour les enfants ayant un bon niveau intellectuel, et de bonnes possibilités de coopération pour l'acquisition de l'articulation, l'amélioration de la voix, du débit, du rythme, de l'intonation, de la parole, _et du langage; préapprentissage et apprentissage de la lecture et de l'écrit, graphisme. Pour les enfants privés de langage articulé, en raison de très importants troubles moteurs, de grand retard intellectuel de surdité associée à une encéphalopathie, _nous recherchons des moyens de communication à _l'aide d'images ou de pictogrammes. L'enfant peut montrer avec le doigt ou un autre moyen (mouvements des yeux, de la tête). Pour les sujets chez lesquels on ne peut dégager qu'un seul mouvement utile, on s'est servi, _avec une seule commande au menton, au pied, etc... Soit d'un désigneur simple constitué de cases qui s'allument les unes après les autres, défilement, que le sujet pouvait arrêter sur l'image choisie; soit d'un tableau de diodes, le nom du pictogramme s'inscrivait alors sur l'écran et était transcrit sur l'imprimante. Actuellement grâce à un logiciel (Logicom: interprète Multicode), le choix de pictogrammes sur l'écran laisse une trace, transcrite en écrit sur écran et sur imprimante, mais en plus un message sonore par le synthétiseur de voix. _La variété des images permet d'obtenir une conversation_ à partir de ce qui préoccupe l'enfant, sa vie quotidienne, sa famille. Cette communication nécessite une collaboration et participation de tous ceux qui ont en charge l'enfant dans le centre ainsi que des parents, de façon à ce que l'enfant utilise vraiment un moyen de communication et sorte de son "ghetto".

- Globale, lorsque le niveau intellectuel est plus faible _et la coopération moins bonne. Elle consiste alors à mettre l'enfant dans un "bain de langage", à l'intéresser par des dessins, mimes, jeux éducatifs, images, diapositives, en cherchant des sujets qui font partie de la vie quotidienne et affective de l'enfant. Ainsi motivé, il est amené à comprendre et à s'exprimer sans les contraintes d'une technique ou d'une progression imposée.

- Fonctionnelle: Entraînement à l'utilisation des possibilités, articulation, parole, langage oral et écrit dans la vie courante (ex. courrier), entraînement à l'utilisation des pictogrammes dans la vie quotidienne, mise au point de moyens de désignation, d'utilisation, de transport des pictogrammes (en relation avec les ergothérapeutes), surveillance des prothèses auditives, du bavage; groupes d'expression du langage.

En orthophonie, on se préoccupe de la communication: verbale pour les enfants capables d'acquérir la parole, non verbale pour les enfants privés de langage articulé. L'acquisition de la communication verbale se heurte à des troubles de l'articulation et de la parole d'origine motrice ou d'origine sensorielle (surdité) ou perceptive, ou praxique; à des troubles du débit, du rythme, de l'intonation; à des retards d'apparition et de structuration du langage.

Pour les plus grands handicapés sans langage oral et écrit, sans possibilité gestuelle, des programmes de désignation sur ordinateur, avec commandes adaptées (nuque, pied etc...), ont été mis au point. Pour tous, la plupart du temps, les échanges se font par rapport au vécu propre de l'enfant, mais pour ceux qui n'ont pas accès à la symbolisation et ne peuvent utiliser les codes existants, des pictogrammes  directement évocateurs, exigeant peu d'apprentissage, figuratifs, ont été mis au point avec eux à partir de leur vision des choses. Ils permettent des associations, des messages. La plupart du temps, le matériel, les tests de langage ont dû être adaptés.

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