LES PARENTS; la maman, le papa

 

LES PARENTS : La Maman, le Papa

 

Dans les Centres en internat, autrefois, tous les enfants rentraient chez eux seulement, mais obligatoirement, au mois d'août. Parce qu'à cette époque l'établissement était fermé (en contradiction avec les conditions d'agrément qui exigeaient une ouverture toute l'année). Durant les vacances scolaires de Noël et de Pâques  des  activités  étaient organisées pour le tiers de l'effectif environ restant. Par l'absence on est vite oublié.

Il m'apparaissait préjudiciable à l'équilibre de l'enfant de ne pas retourner chez lui, de perdre sa place, son lit, de ne plus avoir la référence d'un foyer. Des incitations, puis des pressions ont été exercées. Progressivement le nombre d’abandonnés aux vacances a été suffisamment faible pour justifier la fermeture de l'établissement à cette époque. Des convoyages par le train ou par le car de l'établissement étaient organisés. Par la suite, la dynamique ainsi instituée a permis le retour chez eux au week-end.

Il n'est pas possible d'éduquer l'enfant sans implication des parents. Ils doivent être invités à participer aux réunions de synthèse (à la totalité de la réunion, et non à un simulacre final). Tous les renseignements, les diagnostics doivent leur être communiqués. Le secret professionnel est le secret du malade et de sa famille confié à un médecin. Pour certaines appréciations ambiguës ou susceptibles d'être traumatisantes, il suffit au personnel de s'imposer la discipline du choix des mots, du détail par une phrase. La langue française est assez riche pour permettre de tout dire sans blesser, il suffit pour cela d'avoir suffisamment d'humilité et de respect des interlocuteurs. Ainsi, de la même façon, le compte rendu complet des examens approfondis doit leur être envoyé en plus des nouvelles trimestrielles.

J’ai toujours pensé que la base de notre action dans l'Enfance Inadaptée, auprès de ces enfants, devait être basée sur la disponibilité.

Les parents de nos enfants ressentent, même quand elle n’est pas extériorisée, une très grande souffrance morale. Ils ont eu à traverser de nombreuses épreuves : Ils ont été confrontés à une information parfois confuse, parfois prématurée, parfois faite trop brutalement, trop sèchement.  Ils doivent assumer  l’acceptation difficile de l’état de leur enfant mais aussi  la confrontation avec des rejets de l’entourage, et aussi  la découverte petit à petit des limites au progrès (souvent tempérée par la joie de toutes petites améliorations),  des tâches matérielles énormes et ainsi des barrières aux possibilités d’une vie sociale normale,  des tensions et des inquiétudes au sujet d’un enfant très démuni qui aurait besoin de leur protection,  des soucis d’avenir surtout.

On pourrait comprendre dans ces conditions qu’il puisse se produire des révoltes, et des découragements. Il y a des divorces, il y a des détresses qui se traduisent en acte. Qui pourrait juger sans savoir l'intimité de ces souffrances ? Il faut comprendre et expliquer. Malgré le dévouement des Centres dans leur mission auprès de ces enfants et adolescents, ils n’assumeront pas la prise en charge, sauf pour un suivi court, en dehors des années de présence et du temps d’ouverture. Dire qu'il reste aux parents de larges responsabilités, aidées bien sûr par différentes activités de suite, mais qui en fait leur incombent moralement (à moins, ce qui est rare, qu’ils n’aient totalement démissionné).

Ainsi  quand le handicap est indéniable à la fois sur le plan physique, intellectuel et mental, les sujétions, les charges, les inquiétudes sont considérables pour les parents. Beaucoup ont trouvé un équilibre, ils se sont structurés en fonction de cette vie qu'ils doivent mener, et oublient les soucis qui gâchent notre quotidien. Toutes leurs préoccupations sont, sans doute plus hautes. Souvent, ils sont angoissés, non pas tellement  à  cause  de  leur  enfant,   mais  à  cause d'eux-mêmes, des questions qu'ils se posent. Nous sommes conditionnés par la faute et le péché, et ils se sentent coupables. L'entourage ne fait rien pour les soulager dans ce domaine quand il ne les pousse pas à chercher, toujours chercher l'endroit, la personne qui fera mieux, qui guérira celui dont ils n'acceptent pas l'état.

Les parents sont parfois épouvantés d'un premier contact avec les handicapés rassemblés dans un "Centre". L'autre paraît toujours plus gravement atteint, et le sien plus normal, plus beau, plus intelligent. Il ne faut pas se fier aux apparences, la richesse n'est pas forcément extérieure. Les enfants, eux, ne s'y trompent pas, qui choisissent leurs amitiés en fonction d'affinités, indépendamment de la façade.

La vue des autres réveille aussi des angoisses d'évolution, il y a toujours parfois inconsciemment un rêve de normalité. Le deuil des espérances exagérées se fera progressivement, mais la première confrontation rappelle brutalement les appréhensions refoulées.

Le séjour familial est propice aux observations et aux découvertes. Le moindre petit signe peut être interprété par une mère attentive, et elle signale la première des progrès ou des possibilités.

Mais cet enfant va se développer, il cherchera à se reconnaître comme individu par rapport à d'autres et inconsciemment à se soustraire à une surprotection pleine de bonne volonté,  mais  qui  peut  devenir  pesante quand cet  amour  paraît  trop  possessif.    L'adolescent  n'acceptera pas d'être le reflet d'ambitions ou de projections qui ne correspondent pas forcément à son tempérament et qui peuvent être au-delà de ses capacités. Il voudra vivre sa vie, une existence propre : la sienne. Très souvent il trouvera dans le compagnonnage, la camaraderie d'autres handicapés, la justification de ce qu'il ressent. Il y satisfera son besoin de communication et d'échanges à son niveau, les contacts d'une collectivité où il a sa place.

Et j'ai vu des jeunes, bien que domiciliés à proximité, réclamer le placement en internat, d'autres, demander à rester le Week-end. Il ne s'agit pas en ce domaine de provoquer une rupture brutale. Le semi-internat de jour, avec ramassage pour ceux qui ne peuvent bénéficier d'un Service de Soins et d'Éducation à Domicile et en milieu scolaire, est la première solution à proposer.

Il faut permettre progressivement cette reconnaissance de l'individu en tant que tel, pour celui qui ne se sent pas uniquement devoir être la traduction d'une ambition familiale, mais veut trouver par lui-même un sens à sa vie. Les parents ont raison de mettre en valeur la qualité de leur enfant, tous les cas sont différents, chacun est particulier, et les interventions doivent savoir s'y adapter. Leur soutien, le seul qui soit désintéressé, sera toujours indispensable pour le surhandicapé, durant, toute son existence, quel que soit son âge. S’il devient, dans la mesure où son état le permet, autonome psychologiquement, sa dépendance sur le plan physique le mettra à la merci des autres. On le sait, on ne peut répondre des attitudes et des comportements de tous ceux qui auront l'occasion de le côtoyer. Peut-on résister à l'anonymat, en ayant perdu ses références ? Ils sont le seul lien durable et solide, la seule aide constamment attentive.

Tous il nous faut une sécurité, un appui, un arbre où nous accoter. à plus forte raison un adulte aux possibilités limitées. Surtout celui qui ne peut pas s’exprimer, et a besoin d’un interlocuteur averti. Il pourra être dans la nécessité à certains moments d'appeler à l’aide ou peut-être au secours.

qui appelle-t-on dans la détresse, si ce n'est MAMAN !

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