RESPONSABLE : Animateur ou décideur ?

RESPONSABLE : Animateur ou Décideur ?

 

Il faut savoir non seulement écouter mais entendre; c'est à dire comprendre. Il faut savoir entendre non seulement celui qui réclame mais tous ceux qui sont mis en cause, impliqués dans la difficulté à résoudre.

Le responsable réfléchit, mesure, pèse.

Quand il a affaire à des collaborateurs avertis, désintéressés et objectifs, mûris par l'expérience, il adopte les propositions. A partir de ce moment elles sont siennes.

Si après examen il pense différemment, il essaie de convaincre les intéressés de sa bonne, solution.

Comme l'écoute ce stade peut être réalisé soit en réunion, soit par des entretiens individuels; le plus souvent les deux.

Après un exposé en réunion, si l'adhésion n'est pas obtenue, il est bon de s'entretenir avec différentes personnes qui influenceront les autres, soit en raison de leur représentativité, soit en raison de leur crédit. Il faut aimer expliquer, argumenter, justifier, sans se mettre en situation hiérarchique. A ce moment là il faut savoir aussi prendre le temps du mûrissement.

Quand cette conciliation s'est révélée impossible, c'est là, alors que le responsable tranche en imposant sa décision dans la mesure ou elle est en conformité avec les textes et sa mission.

Il arrive fréquemment que certaines personnes ne s'expriment pas par crainte de se compromettre, par lenteur d'idéation, par difficultés de parole, ce qui ne les empêche pas une fois le temps de la consultation terminé, d'exprimer des opinions en privé, en l'absence de ceux qui pourraient leur répondre.

Dans les silences certains s'expriment, ils ne sont pas forcément représentatifs du groupe.

 

La fonction de responsable, c'est de "répondre" de ce qu'il fait, une fois la décision prise, c'est la sienne, il ne peut en rejeter la responsabilité sur ceux qui l'ont influencé. Il fait la plupart du temps la synthèse de ce qu'il voit, de ce qu'il entend D’abord,  Il sait cogiter, mesurer, soupeser. Si l'hésitation est souhaitable avant, la décision doit être suffisamment mûrie pour être définitive. Une remise en question permanente crée le malaise et l'insécurité. Toutefois une information insuffisante, une précipitation imposée, peuvent amener le responsable à faire un faux pas qu'il découvre au présent ou à l'avenir. Il est honnête dans ce cas qu'il le reconnaisse, explique avant de changer son orientation; il va sans dire que cette circonstance sera rarissime si la décision a été suffisamment soupesée, nuancée, prudente.

Un responsable qui changerait trop souvent d'avis perdrait toute autorité, mais un responsable rigide, dans son erreur ne serait pas suivi.

Le responsable est employé et payé pour faire face aux difficultés et résoudre les problèmes. En général les organismes  qui l'emploient déterminent sa mission dans le cadre des textes et règlements en vigueur; cette mission peut être restrictive par rapport à ces textes: l'employeur  se réservant certaines actions ou les attribuant à d'autres dans la mesure de leurs compétences. Mais en général, à distance, Association ou l'oeuvre se déchargent de leur responsabilité sur le chef, le laissant assumer "pourvu que ce soit bien", se réservant de mettre fin au contrat si elles désapprouvent. Dans ces circonstances le responsable est un porte chapeau, s’il a de l'énergie et du charisme, des qualités appréciées il pourra être un porte drapeau; mais si il a affaire à un employeur craintif, il pourra être alors un porte parapluie. De toute façon, il sera toujours un porte faits et devra savoir être suffisamment un porte plume pour rendre compte de ses actes

 

L'essentiel de la réussite dans cette fonction de responsabilité résidera dans une réflexion personnelle. L'acceptation sans illusion des autres et de soi même pour éviter les déceptions désespérantes, savoir utiliser chacun dans ce qu'il est pour ce qu'il est, la maîtrise de soi même et des autres, source de sang froid, d'objectivité, de distanciation; l'adaptation à ce qu'on ne peut maîtriser.

On trouvera toujours, un grand nombre de consultants et d'avis pour porter des critiques et donner des opinions : "les faudrait qu'on " se transforment en "faut qu'on", seulement "on" ce sont toujours les autres.

Trop souvent les conseilleurs sont confits dans leurs égoïsmes et incrustés dans leurs certitudes. Au moment du réel choix, s'il doit s'avérer frustrant ou engageant, le responsable se retrouve seul à décider "il est payé pour ça". Il y a toujours plus d'amateurs pour le bénéfice de la récolte que pour la peine des semailles.

 

Ce choix étant fait, il faut savoir l'assumer. Responsable il serait outrancier de rejeter la faute sur les autres dans les dérapages, et de s'attribuer tous les mérites dans les réussites. Déplorable aussi la fuite devant les responsabilités; bien sûr, il est parfois "urgent d'attendre" pour permettre un mûrissement, une évolution suscitée mais d'apparence spontanée, mais il est fautif, de fermer les yeux, de différer jusqu'à l'oubli, de laisser faire en désapprouvant. Si la fonction de responsabilité exige de la mesure, elle exige aussi du courage permettant d'affronter les différents intervenants s'ils dévient de la règle fixée et acceptée.

 

 Être responsable résulte d'un choix: ils y a ceux qui impatients dans un domaine trop étroit piaffaient dans l'attente de l'occasion de se réaliser, de mettre en oeuvre les qualités qu'ils se connaissaient. Il y a ceux frustrés, victimes qui ont un compte à régler et attendent du pouvoir le moyen de dépasser leur infériorité. Il y a ceux qui naturellement à l'ancienneté doivent progresser par cette promotion. Il y a ceux aussi du hasard des circonstances qui saisissent l'occasion se présentant au bon moment.

Peu importe au fond la motivation profonde (on serait surpris du cheminement qui amène n'importe lequel d'entre nous à ce qu'il est devenu) L'essentiel de la réussite dans cette fonction de responsabilité résidera dans une réflexion personnelle. L'acceptation sans illusion des autres et de soi même pour éviter les déceptions désespérantes, savoir utiliser chacun dans ce qu'il est pour ce qu'il est, la maîtrise de soi même et des autres, source de sang froid, d'objectivité, de distanciation; l'adaptation à ce qu'on ne peut maîtriser.

 

Chacun bien sûr ne peut diriger qu'en fonction de sa personnalité, mais toutes les difficultés doivent être abordées, étudiées, l'équilibre et la sécurité ne peuvent découler que de leur solution. Parfois il est nécessaire, surtout s'il y a eu pourrissement de les aborder de front, de créer le choc salutaire amenant à la réflexion.

La méthode chirurgicale consistant à mettre la plaie à nu, à la nettoyer, à l'exciser, s'avérera exceptionnellement indispensable.

Parfois il est préférable de procéder par petites touches d'aménagements successifs, s'inscrivant dans un plan d'ensemble qu'il est préférable toutefois d'avoir exposé précédemment. Cette méthode homéopathique est plus facile en apparence, mais pas toujours bien comprise. Un manque de netteté pourrait amener une série de petites entorses devenant habitude. De toute façon en matière de gouvernement seule la clarté est définitivement payante, la lucidité, la cohérence, la justice, le respect de l'identité et des spécificités permettront même en période de remous un meilleur dialogue. Même si la voie est étroite, même si elle doit contourner des obstacles insurmontables, c'est toujours le cheminement à vue, directement, mais parfois au plus près, qui permettra la réussite. La mission du responsable est de résoudre les difficultés, la politique de l'autruche, du sourd, ou de l'oubli, ne mène qu'à l'impasse

 

Dr Marc GICQUIAUD

 

(11 ans Médecin Directeur, puis 14 ans Médecin chef dans un IME pour enfants Infirmes Moteurs de 90 pensionnaires et 90 salariés : Paramédicaux, éducateurs, instituteurs, administratifs personnel d’entretien etc….)

 

 

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